Liberté et soumission, j'écris vos noms...
Quand je pense à ce que je fais et comment nommer "cela", je retourne à la base des mots. Qu'est-ce qui compte pour moi dans ma pratique professionnelle, artistique et même dans la vie ? La liberté me paraît être une de mes quêtes fondamentales. Le mot est connu, voire très utilisé, limite galvaudé, il a de multiples sens et reflète une réalité complexe. A ce stade, j'en regarde la définition... Avec "liberté", la quête est passionnante, elle nous emmène immédiatement vers des terrains politiques (dans le sens de "pratique du pouvoir"), philosophiques, sociologiques...
Donc dans le sens commun, la liberté, c'est la souveraineté, l'autonomie, l'indépendance... Un droit, un état, une situation... C'est, dans son premier sens, une aisance de mouvement. On fait vite le lien avec la danse. Dans la danse, comment se manifeste la liberté ? Ca peut être : entraîner le corps pour acquérir suffisamment de souplesse et de force nous permettant de nous mouvoir avec une grande aisance. Ca peut être également : apprendre les règles régissant une pratique de danse particulière pour ressentir plus de possibilités. La liberté commence peut-être par la contrainte, en tout cas par un cadre. L'improvisation par exemple comporte des règles qui peuvent être implicites ou explicites, ce n'est pas faire n'importe quoi, n'importe quand. Sauf si on danse seul·e dans sa chambre. Et encore !
La liberté dans la danse, ça peut signifier aussi s'affranchir du (ou faire avec le) regard des autres, ou de mon propre regard... Que fait-on du jugement ? Peut-on vraiment faire sans ?

Dans ces cas-là, je m'intéresse aussi à l'opposé. Je me suis dit que l'inverse de la liberté serait la soumission. Et là, attention ! Les mots m'ont entraîné loin, certainement du côté où je voulais aller... J'ai pensé : "soumission à la gravité". Car oui, nous n'avons pas le choix, nous sommes soumis·es à la gravité (ou gravitation), à des lois physiques auxquelles nous sommes obligés de nous plier. C'est également là les fondamentaux de la danse contemporaine, qui s'est opposée sur ce point à la danse classique. Avec cette dernière, les danseur·euses s'émancipent de la gravité, au prix d'un effort musculaire surhumain, rendu invisible aux spectateur·ices, faisant pourtant l'objet de nombreuses heures d'entraînement pour contraindre le corps à cette maîtrise. Dans la danse contemporaine et notamment dans une pratique comme la Danse Contact, nous partons du principe que nous ne pouvons échapper à l'attraction de nos corps et de nos masses vers le centre de la Terre et c'est ce qui devient la base de notre danse. Danse du déséquilibre, de la chute et de l'atterrissage, en Contact Impro, nous apprenons à nous servir de l'énergie potentielle de cette chute pour nous envoler.

Loin de s'opposer, les notions de liberté et de soumission se rejoignent, puisque la soumission à la gravité devient la condition de la liberté dans la danse. Nous décidons de renoncer au contrôle volontaire, nous rendons le corps disponible, la gravité devient un support, un repère. Nous cherchons l'économie du mouvement plutôt que la force excessive.
Cela demande, comme le dit Steve Paxon, un "piratage" de nos habitudes posturales et de nos réflexes naturels (se laisser tomber plutôt que de retenir la chute).
Des nouveaux chemins, pour se sentir plus libre !
Vous voulez venir goûter à cette liberté ? C'est chaque dernier samedi du mois !



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